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Les Curiosités : Loin des yeux. Les invisibles

À l’ombre de la photographie

 
Loin des yeux se trouvent les zones inaccessibles, imperceptibles de la photographie. En quête de ces invisibles qui se terrent dans l’image, je plaçais au cœur de ma recherche la lumière qui se trouve à l’origine de la photographie en venant marquer le support photosensible.
 
Et puis paradoxalement, je me suis retrouvée dans l’ombre.
 
Les images empreintées par la lumière, laissaient soudain apparaitre des zones d’ombres puissantes, tapies d’ordinaire en marge. Mon œil a été guidé vers ces espaces visuels secondaires d’ordinaire repoussés voire effacés : l’amorce d’une pellicule photographique, la bordure de la planche contact, la couche inaccessible du papier terrée sous l’émulsion, la fissure du papier. Ces lieux limitrophes de l’image offrent une autre porte d’entrée dans l’image, qui appelle à passer par sa lisière, à soulever ses épaisseurs, à ouvrir notre vision à la périphérie.
 

Janie Julien-Fort, Abîme, 2007-2011. Impression argentique réalisée au sténopé sur polapan 55, 8 x 10 in

Janie Julien-Fort, Abîme, 2007-2011. Impression argentique réalisée au sténopé sur polapan 55, 8 x 10 in


          
Le noir s’est défini comme la matière et le sujet intrusif de ces photographies, l’invité fantôme qui apparait sur le seuil de l’image sans avoir été convié. Négociant désormais avec sa présence, intempestive ou marginale, graduelle ou accidentelle, il attrape notre œil et ne peut plus s’absenter. Sa présence sensible prend une importance bien au delà d’un équilibre des forces chromatiques ou de la composition de l’image. La noire matière-sujet crée un champ nouveau d’image : une image suggestive et déraisonnée, dont le contexte impossible à baliser laisse la place à une image impalpable dans laquelle l’œil s’abîme et s’abandonne.
 
Épilogue
Lors d’une visite d’atelier, l’artiste Michael A. Robinson m’évoque une nouvelle technologie, mobilisant un matériau qui absorbe la quasi-totalité de la lumière (seul reste 0,035 %) et qui permet de créer un noir d’une intensité telle que l’œil humain ne peut saisir ce qu’il voit.
 
« Dans un océan d’images » , la noirceur est prometteuse.

Emprunté au documentaire d’Helen Doyle : Dans un océan d’images, Canada, 2012
 
Claire Moeder
25 novembre 2014
 
 
Mathieu Grenier, Boîte Noire (The Power Plant Contemporary Art Gallery) 2/3, 2012, Impression jet d'encre sur papier chiffon Hahnemühle, 56 x 81 cm

Mathieu Grenier, Boîte Noire (The Power Plant Contemporary Art Gallery) 2/3, 2012, Impression jet d’encre sur papier chiffon Hahnemühle, 56 x 81 cm